Regard sur

Le workflow

Aujourd’hui, avec le numérique, nous consommons de la photographie. Que ce soit dans nos fils d’actualité sur les réseaux sociaux, dans nos smartphones, une image chasse l’autre. A voir trop d’images, on finit finalement par ne plus rien voir. Trop d’images nuisent au récit et un reportage n’est pas un fourre-tout. Un reportage c’est un chapitre à écrire dans lequel les images prennent la place des mots. Il se construit, se compose. Le récit a besoin de brouillons, d’ébauches, de corrections, il ne s’écrit pas d’un trait. Comme pour un film, il y a plusieurs « rush » pour avoir le choix au montage. Et garder à l’esprit que l’on va au cinéma pour voir un film et non une succession de rush qui ferait perdre le rythme et la dynamique ainsi que le fil de l’histoire. Il ne s’agit donc pas de consommer de l’image et l’attention que le photographe porte à la construction du récit est indispensable. L’editing permet de se recentrer sur l’essentiel et de redonner une place de choix à la narration en gardant les photos qui émergent, celles qui signifient et disent quelque chose. L’objectif est de présenter des images en fonction de ce qu’elles transmettent et de mettre en lumière ce qui nous touche en gardant les images qui provoquent une émotion, celles que l’on n’oubliera pas. C’est également le moment de choisir les images qui se complètent afin de construire une série qui aura plus de sens qu’une image isolée. Dans un reportage, chaque image est une note qu’il faut mettre en musique. Certains voudraient pouvoir voir l’ensemble des photos réalisées durant une journée de reportage, mais j’aime citer Henri Cartier-Bresson qui ne disait que « l’on ne montre pas ses brouillons » lorsqu’on lui demandait de voir ses planches contact. Et puis, la photographie n’est faite que d’une succession de choix : choix de l’optique, de la profondeur de champ, du plan, du cadrage, appuyer sur le déclencheur ou attendre, garder ou éliminer l’image, le noir et blanc ou la couleur.

Entre le moment du premier déclenchement et le moment où vous découvrez le reportage photos achevé, il y a eu d’innombrables choix. Chaque photographe à son écriture. Sa sensibilité imprègne chacun de ses reportages, chacune de ses images et lorsque vous choisissez votre photographe, vous le faites parce que vous avez été sensible à celle-ci. Il est donc important de lui faire confiance et de le laisser s’exprimer avec SES mots… Les choix lors de la prise de vue, lors de l’editing et du post-traitement font partie intégrante du processus et tous ces choix s’attachent à servir le récit et finissent par faire un portrait… Le vôtre. Demander à votre photographe d’abandonner une partie de cet ensemble, c’est lui demander de s’exprimer dans un langage qui n’est pas le sien. Il ne s’agit pas de choisir un « presse déclencheur » mais de choisir la bonne plume qui écrira ce chapitre de votre histoire.

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